Archive pour la catégorie ‘Jardin’

Des fleurs à ne manger qu’avec les yeux

00 Pomone à la fontaine

Ce relief en terre cuite représente la déesse romaine Pomone et orne la petite fontaine de notre jardin de fleurs décoratives


Pendant qu'Anne et moi nous nous échinons à la mise en place des très nombreuses variétés de légumes anciens ou remarquables que nous cultivons au potager, notre petit  jardin décoratif  familial fait tout seul et sans bruit son petit bonhomme de chemin. Il nous offre une multitude de fleurs différentes, un fabuleuse palette de couleurs et de formes devant lesquelles nous passons trop souvent des dizaines de fois sans presque les apercevoir, tant nous sommes affairés avec nos plants de tomates (164 variétés cette année).

Il serait injuste d'ignorer ce petit patrimoine floral qui s'offre à notre regard sans demander aucuns soins en cette saison, et de ne plus savoir s'émerveiller devant ce spectacle. J'ai donc promené mon objectif dans notre jardin de fleurs afin de pouvoir vous faire partager quelques photos pleines de beauté et d'émotion. 

Bien chlorophyllement dévoué,

José

 

01 Pavot Danish Flag

"Danish Flag", un pavot qui rappelle le drapeau du Danemark

 

02 Clématite Joséphine

Clématite 'Princesse Joséphine"

 

03 Chèvrefeuille (Lonicera)

Chèvrefeuille (Lonicera)

 

04 Pepino (Poire-melon) (Solanum muricatum)

Pepino (Poire-Melon)

 

05 Pourpier doré à larges feuilles (Portulaca oleracea)

Pourpier doré : une fleur minuscule qui se referme au moindre nuage

 

06 Eglantier

La grâce parfumée de l'églantine

 

07 Fraisier botanique à fleurs rouges

Un très curieux fraisier botanique aux fleurs rouges

 

08 Oeillet (Dianthus) (8)

Un oeillet pas banal

 

09 Lavande-papillon

La lavande-papillon

 

10 Iris des marais (Iris pseudacorus)

Iris des marais

 

11 Gaillarde (Gaillardia aristata)

La gaillarde, fière comme un lion

 

13 Rosier

Et rose, elle vivra ce que vivent les roses…

 

14 Rosier Pierre de Ronsard

Sans doute notre rose préférée : la "Pierre de Ronsard"

 

15 Brachycome (Brachycome iberidifolia)

Brachycome

 

16 Streptocarpus kirkii

Streptocarpe

 

17 Pétunia cascade Surfinia (Petunia pendula)

Pétunia cascade "Surfinia"

 

18 Digitale pourpre (Digitalis purpurea)

Trop belle : la digitale est dangereusement toxique

 

19 Hortensia Limelight (Hydrangea paniculata)

La fraîcheur de l'hortensia paniculé "Limelight"

 

20 Hortensia Bergfink (Hydrangea macrophylla)

Hortensia "Bergfink"

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Le chef Damien a dit : « On se fait tous de l’OSEILLE à la mi-mai »!

P1060933 Oseille

 

Il y a peu de temps, le chef Damien  (750 grammes) a fait un petit passage-éclair à Liège et à Bruxelles pour y promotionner l'exceptionnel caviar d'escargot de son ami  producteur, Dominique. Mais il n'était pas question  pour lui de rentrer à Soissons sans quelques rencontres avec ses amis "écaviens" de Belgique.


P1070038 Chef Damien

Le chef Damien (750 grammes), ici à côté d'un fameux  "écavien" de la première heure, Mark, du blog Passion-cuisine.

 

Le séjour du chef s'est achevé parmi ses amis  (Apolina, Fabienne, Marielle, Micky) autour d'une table joyeuse dans un petit restaurant de la banlieue bruxelloise. Sans surprise, les conversations ont beaucoup porté sur la bonne cuisine, les bons produits et les meilleurs blogs culinaires du moment.

Toujours prêt à lancer des défis aux blogueurs, Damien a suggéré  un compétition de recettes à publier à une même date et sur le même thème : l'OSEILLE. Outre les recettes que vous trouverez donc aujourd'hui sur de nombreux blogs français et belges, ma contribution sera de vous présenter ici ce légume un rien oublié, parfois difficile à trouver, mais vraiment étonnant.

Dans la cuisine de nos grands-parents, et par région, l'oseille porte différents noms populaires dont certains d'entre vous auront peut-être gardé le souvenir : aigrette, herbe à la vinaigrette, oseille des prés, patience oseille, patience acide, petite oseille, surelle, surette, …

C'est une belle plante potagère et condimentaire dont on consomme le feuillage, le plus souvent vert clair, parfois rougeâtre. Au potager, son aspect fait penser à l'épinard, quoiqu'elle soit  beaucoup plus haute que ce dernier et que sa saveur acidulée ne permet vraiment pas la confusion.

L'oseille sauvage est très répandue nous seulement  dans les campagnes d'Europe, mais encore en Asie, en Amérique du Nord et, de façon plus surprenante, au Chili. Mais je vous propose de limiter ce billet à l'oseille des jardins, qui appartient à la même espèce et est la seule à avoir conquis ses titres de noblesse en gastronomie.

 

La part de Théophraste

Sur le plan botanique, l'oseille des jardins (nom scientifique : Rumex acetosa var. hortensis Linné ou Rumex rugosus  Campd.) est une plante vivace qui appartient à la famille des polygonacées. Elle résiste au gel en hiver.

C'est une espèce dite dioïque, parce qu'elle possède des pieds mâles et des pieds femelles.

Les feuilles sont épaisses, pétiolées et nombreuses. Elles ont un forme lancéolée. (Le nom latin rumex signifie d'ailleurs "fer de lance"). Les limbes atteignent souvent 20 de cm de longueur et sont larges de 10 cm;

Les fleurs - nombreuses, petites et peu visibles – apparaissent  dès le mois de mai et forment de longs panicules portés par une forte hampe pouvant atteindre 1 mètre de hauteur. Elles sont dites anémophiles, parce que leur pollinisation est provoquée par le vent et non pas par des insectes.

Les fruits sont du type "akène" et en forme de trigones.

La racine est un rhizome de couleur brun foncé.

Il existe une centaine de cultivars, fort appréciés au potager et très appréciables en cuisine, parmi lesquels je citerai :  :

 

l'Oseille de Bellevile à feuilles larges (très productive)

l'Oseille Blonde de Lyon

l'Oseille de Chambourcy

l'Oseille épinard (moins acide et à feuilles longues)

l'Oseille vierge

 


La part d'Hérodote

L'oseille était connue et consommée comme plante officinale par les anciens Egyptiens, puis par les Grecs et les Romains. Mais ce n'est qu'à partir du XIVème siècle qu'on trouve des traces de sa consommation comme légume en Occident.

A partir du XVIème siècle, plusieurs auteurs se mettent à la considérer comme l'un des ingrédients les plus nourrissants entrants dans la préparation des salades.

Au XVIIème siècle, l'érudit anglais John Evelyn  (1620-1706) écrit dans son "Journal" qu'elle "donne tant de vitalité aux salades qu'il ne faudrait s'en passer".

Son compatriote, l'herboriste Nicholas Culpeper (1616-1654) avait constaté peu de temps auparavant que l'oseille "calme toutes les inflammations et tous les échauffements du sang au cours des accés de fièvre dus à la peste" et "remédie aux états d'évanouissement". Sur base de  quoi, les feuilles étaient préparées en cataplasme à poser sur les bubons des pestiférés.


La part d'Hippocrate

 

L'oseille est un légume-feuille dépuratif, digestif, laxatif et tonique.

Elle est réputée pour sa richesse en carotène (provitamine A), dont le pouvoir antioxydant joue un rôle important dans la prévention des troubles cardiovasculaires et de nombreux cancers.

Très riche en eau, pauvre en glucides, en lipides et en protéines, l'oseille est probablement la championne toutes-catégories des légumes pour sa haute teneur en vitamine C (300 mg/100 gr).  C'est le plus puissant remède naturel contre le scorbut. Sa teneur en vitamine A est aussi très importante (200 mg/100 gr).

Les feuilles contiennent également plusieurs tanins et de l'acide oxalique. Je l'ai déjà souvent signalé pour d'autres plantes, comestibles, cette  dernière substance devient toxique lorsqu'elle est consommée  en trop grande quantité, parce qu'elle empêche l'assimilation du fer par l'organisme.  Les personnes souffrant de goutte et de rhumatismes , ou sujettes à la formation de calculs rénaux devraient s'abstenir de consommer ce légume.

Il existerait également une contre-indication pour les femmes enceintes et les personnes atteintes d'anémie.

En usage thérapeutique, l'oseille peut se consommer sous forme d'infusion pour combattre la fièvre ou la mauvaise digestion.

En gargarisme,  elle peut servir à soigner les maux de gorge.

En cataplasme, elle permet le mûrissement rapide des furoncles et la désinfections des plaies.

 

 

La part de Lucullus

Et en cuisine ? Dans la cuisine traditionnelle, l'oseille constitue souvent le légume d'accompagnement du poisson. Cet usage vient de la croyance très répandue que ses feuilles ont le pouvoir de ramollir les arêtes.

Le goût astringent du citron a remplacé au fil des dernière décennies celui de l'oseille, mais tous les gourmets avisés vous le dirons : l'acidité du jus de citron ne remplace pas vraiment celle – unique – de l'oseille.

Outre l'accompagnement du poisson, il existe, un multitude d'autres utilisations intéressantes et d'innombrables recettes, qu'aujourd'hui-même, les nombreux blogs qui ont relevé le défi lancé par le chef Damien prendront plaisir à vous faire découvrir.

L'oseille se conserve bien au congélateur, soit en feuilles entières préalablement lavées et blanchies, soit réduite en purée.

Seules les jeunes feuilles tendres ont une réelle valeur gastronomique. Elles se consomment crues dans les salades, ou entrent dans la composition de plusieurs sauces et vinaigrettes pleine d'originalité.

On peut aussi les consommer cuites à la manière des épinards, ou encore dans un potage.

L'oseille s'apprécie encore en accompagnement de viandes et d'oeufs. Une simple "omelette à l'épinard et à l'oseille", relevée à la ciboulette fraîche et au cumin est un petit régal que je vous invite à essayer.


… et la part du jardinier

 

Pourvu que l'on dispose d'une terre profonde, fraîche et surtout non calcaire, la culture de l'oseille est d'une étonnante facilité en climat tempéré.

La plante accepte une exposition ensoleillée, mais tous les potagistes expérimentés savent que ses feuilles poussant à mi-ombre auront une saveur moins acide, presque douce, qui est la plus appréciée.

L'oseille se multiplie par semis en pépinière de mars à juin ou par division des touffes anciennes au printemps. Sauf si l'on veut conserver des porte-graines, il est conseillé de couper les tiges florales dès leur apparition.

Lorsque les plants ont été produits par semis, la première récolte peut être envisagée 100 jours plus tard.

 

Bien chlorophyllement vôtre,

José

 

 

20080603 008 Oseille sanguine

Ceci est une autre oseille, cultivée dans les jardins de Pomone. Il s'agit de la "Sanguine", dont les feuilles aux  nervures vineuses se consomment crues et décorent admirablement vos plats et salades.

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L’ ALLIAIRE : cueillez maintenant l’ail-sans-ail pour vos salades printanières

P1060995 Alliaire - fleurs


Vous aimez les ingrédients qui sortent du commun ?

Il en est un qui – au mois d'avril – se trouve un peu partout dans la nature qui nous entoure. En néerlandais populaire, les gens l'appellent "look-zonder-look", c'est-à-dire "ail-sans-ail", ce qui est presque une définition exacte du goût de l'alliaire officinale. En France, on la désigne souvent sous le nom "herbe-à-l'ail".

Consommer de l'alliaire comme plante aromatique est un plaisir éphémère, que les connaisseurs ne veulent pas  manquer au printemps. Ciselées dans la salade, les jeunes feuilles rendent une  saveur d'ail, si légère, si fraîche et si subtile que celles qui en ont consommé n'ont rien à craindre pour leur haleine en allant rejoindre leur amoureux.

 

La part de Théophraste

L'alliaire officinale porte le nom scientifique latin de Alliaria petiolata (Bieb.) Cavara et Grande ou Sisymbrium alliaria (L.) Scop. C'est une plante herbacée bisannuelle de la famille des brassicacées et du genre sisymbrium. En cette saison, elle est vraiment commune dans les emplacements mi-ombragés, le long des talus et aux abords des haies. On la retrouve en abondance jusqu'à 800 mètres d'altitude.

P1060833 Alliaire

 

P1060928 Alliaire - Feuilles

Les feuilles sont ridées, dentées sur le pourtour. J'ai observé qu'elles changeaient de forme pendant la croissance de la plante. Lorsqu'elle refait son apparition au mois de mars, ces feuilles sont nettement arrondies, en forme de coeur. Au mois d'avril, lorsque la plante s'élève (de 20 à 70 cm) pour former sa hampe florale, les feuilles supérieures prennent un forme de plus en plus pointue qui les font ressembler un peu à celles des orties.


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Les fleurs sont blanches, groupées en un bouquet serré au sommet de la tige.


P1070032 Alliaire - fruits

Les fruits sont de petites siliques érigées – ou plus exactement des silicules. Elles contiennent un seule rangée de graines très petites de couleur noire lorsqu'elles sont mûres, et en forme de petits coeurs

 

P1070035 Alliaire - tiges   P1070033 Alliaire - tiges


 

Les tiges sont cylindriques, vertes et souples dans le haut, pourprées et rigides dans le bas.

 

 

La part d'Hippocrate

 

Autrefois, les feuilles de l'alliaire étaient consommées pour bénéficier des vertus purgative et expectorante de la plante, dont la richesse en vitamine C est appréciable.

Les graines – très piquantes – servaient à la préparation de sinapismes (cataplasmes) pour soigner des plaies infectées, des ulcères et des infections contagieuses de la peau, telles que l'impétigo.

L'alliaire tenait une des premières places dans la pharmacopée du Moyen-âge lorsqu'il fallait prévenir et soigner l'asthme.

 

 La part de Lucullus

Et en cuisine ?

L'alliaire est un ingrédient étonnant pour vous salades printanières. Mais sa période de consommation est assez brève et si vous souhaitez l'essayer, il faudra rester vigilante pour ne pas manquer le bref rendez-vous qu'elle fixe chaque année à cette époque aux cordons-bleus.

Elle s'utilise (feuilles et fleurs) uniquement comme aromatique, ciselée crue dans la salade. Sa fine saveur d'ail associée à une petite pointe d'amertune en font vraiment un ingrédient hors du commun et la banalité. Faites un essai : mélanger un peu d'alliaire hachée dans une salade avec du panais rapé à l'huile de noisette. Rien de plus simple, me direz-vous ? Et bien non … Mais goûter donc, qu'est-ce que la simplicité peut séduire le palais !

Cuite, l'alliaire n'a plus aucun attrait gastronomique. De même, il est superflu de la faire sécher, parce que – préparée de la sorte – son petit goût magique se serait totalement envolé.

 

Bien chlorophyllement vôtre,

José

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Des cou-nus et des crosnes du Japon pour faire la fête à Soissons

P1090119 Poule cou-nu

2ème session du Salon du blog culinaire

à Soissons (Jour J -16):

 

Cou-nus et crosnes du Japon 

 

Si vous l'ignorez encore, c'est que vraiment vous fréquentez  bien peu la blogosphère culinaire … Les 21 et 22 novembre 2009 – soit dans quelques jours – 140 blogueuses et blogueurs culinaires se retrouveront à l'Ecole d'hôtellerie de Soissons pour la seconde session du Salon du Blog culinaire, invités par l'incroyable chef Damien. (Pour la liste des participants et le programme détaillé cliquez sur le logo ci-dessous.)

 

Logo - Salon du blog culinaire

 

 

 

 

A cette occasion, Anne accompagnera en duo notre ami Mark (Blog Passion-Cuisine) dans une démonstration  culinaire qui entend mettre l'accent sur la qualité et l'originalité des ingrédients. Dans cet esprit, les Jardins de Pomone ont  choisi entre autres les "cou-nus du Forez" – une race de volaille qui est un  fleuron gastronomique -, et des crosnes du Japon, ces délicieux petits tubercules blancs de saison  que la consommation moderne a relégué depuis belle lurette aux oubliettes, faute de commercialisation.

 

Cous-nus du Forez

Les "cou-nus du Forez", ce sont des poules à l'aspect peu conventionnel dont le déplumé particulier du cou et du jabot pourrait laisser penser qu'elles sont le fruit des amours d'une "gâtinaise" – autre race très prisée des gastronomes – et d'un dindon. Ce sont aussi les plus médiocres pondeuses que l'on puisse imaginer, mais quelle chair, ami(e)s gourmand(e)s, quelle chair !

Cette race justement réputée est originaire de la plaine du Forez, entre Saint-Etienne et Roanne. Authentique race de terroir, il semblerait qu'elle soit beaucoup moins ancienne que la célèbre "gâtinaise", avec laquelle elle est cependant apparentée. Sa création est attribuée à un éleveur passionné de Feurs, Henri Calemard, et ne daterait que de 1948.

Pour être assurés de la qualité gustative et sanitaire de ces poulets fermiers, nous les avons élevés nous-mêmes pour Soissons, en les nourrissant exclusivement d'un mélange de graines garanti sans OGM et de légumes de notre potager "Singel", tous cultivés sans aucuns pesticides. Âgées de 14 semaines, elles pèsent déjà toutes  près de 2,8 kg. Elles ont la poitrine énorme et leur chair savoureuse est reconnue comme infiniment pauvre en graisse.

 

P1090115 Poule cou-nu

 

Crosnes du Japon

Il s'agit d'une plante vivace de la famille des lamiacées. Le terme "crosne" est une appellation commerciale de la fin du XIXème. Il fait référence à une petite ville de l'Essonne du même nom, où l'agronome Auguste Pailleux avait entreprit d'acclimater  la plante et de la cultiver pour la première fois à grande échelle. Des noms plus appropriés et plus explicites pour cette plante originaire d'Asie serait "épiaire à chapelet" ou "stachys tubéreux". Mais l'usage ne les pas retenus, et même sous le nom de "crosne", la plupart des gens ne connaissent pas ce légume original et délicieux.

Ses petits tubercules blanchâtres (+/- 6 cm de long) sont à vrai dire relativement pauvres en vitamines. Mais ils contiennent des huiles essentielles fort intéressantes, des glucides, des protides, des lipides et de nombreux sels minéraux utiles. Avec seulement 35 Kcal pour 100 gr, ils conviennent parfaitement aux régimes amaigrissants. L'action de la cynarine est très efficace pour soigner les troubles du foie et de la vésicule biliaire.

La saveur du crosne rappelle l'artichaut et le jeune salsifis, avec un soupçon de noisetté. Sa cuisson doit être délicate et courte, afin de préserver l'extrême finesse de son goût.

Pour l'accompagnement, Anne proposera le 22 novembre sa recette de Crosnes et marrons à la truffe.


2007 11 08 002 Crosne du Japon

 

A très bientôt à Soissons … ou sur ce blog pour le compte rendu et les photos d'une grande fête culinaire.

 

Bien chlorophyllement vôtre,

José

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La CANNELLE, épice de la passion amoureuse

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L'épice de la passion amoureuse :

 

La Cannelle

 

Comme épice, la cannelle ne provient pas d'un fruit ou d'une racine, mais bien de l'écorce d'un arbre originaire de Sri Lanka : le cannelier. Depuis la plus haute antiquité, l'homme prélève l'écorce de cet arbre sur ses branches latérales âgées de 2 à 3 ans, c'est-à-dire lorsqu'elle ont idéalement un diamètre de 1 à 2 cm pour une longueur comprise entre 1,5 et 2 mètres.

Cannellier (tronc et tiges)

Traditionnellement, cette écorce est détachée avec un couteau en bronze spécial; Elle est ensuite débarrassée de sa partie externe par grattage, tandis que la partie interne, plus tendre, est découpée en bandes qui s'enroulent sur elles-mêmes pour former = en séchant – les petits rouleaux caractéristiques que nous appelons "bâtons de cannelle".


 

La part de Théophraste

 

Le cannelier est un  petit arbre de la famille des lauracées qui peut atteindre une dizaine de mètres de hauteur. Toutefois, pour sa culture, il est maintenu à une taille nettement inférieure par des recépages bisannuels. Cette technique a pour but de maintenir l'arbre dans une forme buissonnante et de provoquer l'apparition  de nombreuses tiges qui seront idéalement coupées lorsqu'elles auront atteint un diamètre de 1,5 à 2 cm et une longueur de 150 à 200 cm.

Dans ce billet, je ne parlerai que du vrai cannelier, c'est-à-dire le cannelier de Ceylan, le seul qui permette de produire une épice de qualité supérieure.

Mais le cordon bleu a intérêt à savoir qu'il existe d'autres espèces, tel le cannelier de Chine (Cinnamomum cassia), qui produit une écorce à la qualité aromatique beaucoup moins appréciable. Cette cannelle de Chine est cependant commercialisée de manière importante, mais ne constitue – à mes yeux – qu'un médiocre "ersatz" de la cannelle de Ceylan.

Cannelle de Ceylan (feuilles)

 

Le cannelier possède des feuilles opposées, assez dures, de forme oblongue, d'environ 15 cm de long. Elles sont traversées par 3 à 5 grosses nervures longitudinales.

 

Cannelle 02 (feuilles et fleurs)  Cannelle (fleurs)

Les fleurs - très petites et de couleur blanche – sont groupées en position terminale dans un panicule (= petites grappes coniques) axillaire.

Cannellier de Ceylan (fruit)

Les fruits sont des baies noires en forme de petites poires.

 

 

La part d'Hérodote

En Inde, l'usage de la cannelle est si ancien qu'il doit être bien antérieur aux textes en sanskrit védique qui la mentionnent  déjà au IIIème millénaire.

En Chine, le légendaire empereur Chen-Nung – grand herboriste au crâne couvert de bosses qui régnait environ 2700 ans avant notre ère – passe pour avoir "inventé" le thé et … la cannelle !

Dans l'Egypte des pharaons, la cannelle était une des épices les plus précieuses, utilisée pour la préparation de parfums et l'onction des momies. Bien après l'époque des pyramides, Cléopâtre (-69/-30) , la belle reine d'Egypte organisait à Alexandrie de grands banquets au cours desquels elle faisait servir des plats raffinés auxquels on avait ajouté systématiquement de la cannelle. Nul ne pouvait résister à l'envoûtement de cette cuisine parfumée, pas même le grand conquérant Jules César (-101/-44) ou son associé Antoine (-83/-30).

Aux temps bibliques, la cannelle était connue des Hébreux, qui l'utisait non seulement comme épice, mais encore comme plante médicinale et pour la fabrication de l'encens destiné aux cérémonies religieuses. On trouve dans le "Cantique des cantiques" (vers 450 avant n.e.) une louange des propriétés de cette épice.

Le grand naturaliste romain Pline l'Ancien (22-79) parle de la cannelle dans son "Histoire naturelle" et décrit l'usage de "couronnes" réalisées avec cette épice pour servir d'offrande au temple du Capitole, à Rome.

C'est à l'époque des Croisades que cette épice plus précieuse que l'or fut introduite en Europe.

Au Moyen-âge, la cannelle était un des plus précieux ingrédients des philtres d'amour, tel celui que burent Tristan et Iseult.

Mais personne à l'époque ne savait d'où venait exactement cette épice, ni même de quelle plante elle provenait. Jusqu'au jour où, au XVIème siècle (1518), les caravelles portugaises jetèrent l'ancre le long des côtes de l'île de Ceylan et que leurs équipages découvrirent les cannelliers.

Pendant près de 140 ans, les Portuguais s'assurèrent un monopole sur la vente de cette épice en Europe occidentale. Alors apparurent en 1656 les vaisseaux de la Compagnie hollandaise des Indes orientales qui reprirent cet enrichissant négoce aux Portugais incapables de ce défendre.

De 1656 à 1770, la cannelle acheminée en Europe par les Hollandais était prélevée sur des arbres sauvages. Ensuite, ils réussirent à cultiver le cannellier, ce qui allait accroître notablement la production.

Je vous avais déjà raconté dans mon billet consacré à la noix de muscade, comment Pierre Poivre (1719-1786) – une administrateur colonial français dans l'Océan indien - réussit à s'emparer de plants de muscadier. Je précise ici qu'au cours de la même opération rocambolesque, Poivre avait également pu dérober aux Hollandais quelques plants de girofliers et … de cannelle.

En 1796, Ceylan passe aux mains des Anglais, qui vont alors eux aussi organiser avec âpreté un monopole du commerce de la cannelle en Europe.

 

La part d'Hippocrate

L'écorce du cannelier possède de nombreuses propriétés thérapeutiques, toutes pour usage interne.

L'huile essentielle de cannelle, produite par la distillation des feuilles, contient 70% d'eugénol, du pinène et du cinéol. Tous ces arômes sont utilisés en aromathérapie pour leurs vertus antiseptiques, digestives et toniques. Elle apaise maux d'estomac, diarrhées et troubles intestinaux, fait tomber la fièvre et soulage les douleurs rhumatismales.

Sous ses différentes formes médicinales (comprimés, gélules, poudre, vin aromatisé ou potion, il y a contre-indication lorsque la consommation quotidienne régulière se situe au-delà de 3 gr.

Comme la cannelle peut avoir une action irritante, il est préférable d'en éviter la consommation à des fins médicinales lorsqu'on est sujet à des crises d'asthme ou atteint de laryngite.

Pour l'épice séchée, il n'y a pas de contre-indication.


La part d'Aphrodite

Tonique et puissante, la cannelle a depuis toujours la réputation d'ouvrir les portes du septième ciel aux amoureux par ses vertus aphrodisiaques.

Riche en calcium et en fer, la cannelle est particulièrement réchauffante. Elle excite les zones érogènes en stimulant la sécrétion d'hormones.


Cheikh Nefzaoui = érotologie - Jardin parfumé

Au XIIème siècle, le célèbre médecin et philosophe juif Moïse Maïmonide (1135-1204) prescrivait à ses patients atteints d'impuissance de sapoudrer chaque plat avec un mélange d'épices dans lequel prévalait la cannelle.

Cheikh Nefzaoui, qui vivait au début du XVIème siècle dans le Sud tunisien actuel, est l'auteur d'un célèbre manuel d'érotologie arabe qui à fait pâlir en son temps la réputation des "Contes des Mille et une nuits". Ce chef-d'oeuvre de la littérature arabe – intitulé "Le Jardin parfumé" – décrit l'art amoureux sans euphémisme, fait grand état des pouvoirs aphrodisiaques de la cannelle. Extrait choisi pour sa relative modération :

"Si tu veux que ta femme apporte une grande passion à coïter avec toi, prends un peu de cubèbe, de pyrèthre, de gingembre et d'écorce de cannellier, que tu mâcheras au moment où tu devras te réunir à elle, puis frotte ton membre avec ta salive et coïte-la. Elle te portera, à partir de ce moment, une si grande affection, qu'elle ne pourra se passer de toi, même pendant le temps que dure un clignement d'œil."

Au XIXème siècle, la bourgeoisie parisienne s'était prise d'intérêt "exotique" pour les relations de voyage de plusieurs grands auteurs français à Constantinople et dans le reste de l'empire ottoman. Des récits fabuleux gravitaient autour du sérail de Topkapi, du harem du sultan turc, des odalisques, des eunuques, des vizirs, des pachas et des janissaires.

Odalisque sérail
Mariano Fortuny : "L'odalisque" (1861)

(Barcelone – Musée d'Art catalan)

Cet engouement servi de point de départ à un commerce florissant de bonbons prétendûment turc à base de cannelle appelés "Pastilles parisiennes du sérail". Inutile de dire que le succès de ces pastilles devait beaucoup à la crédulité de messieurs persuadés de l'irrésistible virilité acquise par ceux qui les consommaient.

 

 

La part de Lucullus

Et en cuisine ? Il est étonnant de constater qu'en France, en Suisse et en Belgique la cannelle est presque toujours associée à des desserts sucrés, surtout s'ils sont à base de pomme ou de poire.

On sait généralement aussi la place que tient la cannelle dans la préparation d'un vin chaud. Et c'est à peu près tout ! Il y a plein d'autres possibilités.

Dans la cuisine orientale, cette épice parfumée au doux goût boisé s'associe parfaitement avec des plats de viande, de volaille ou de poisson. Alors qu'attendent les créateurs et les créatrices pour valoriser la cannelle, non seulement dans les desserts, mais encore dans les plats principaux ?

 

Bien chlorophyllement vôtre,

José


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Epices d’Orient : la BADIANE, de l’ »anis étoilé »

P1090992 450 Badiane - Anis étoilé

 

Si je vous bandais les yeux pour vous faire sentir le fruit séché de la badiane, vous seriez nombreux à identifier immédiatement son doux parfum d'anis. Mais lorsque vous aurez laissé tomber le bandeau, quelle surprise. Ce ne sont pas les petites graines détachées d'une ombelle d'anis que vous auriez sous les yeux, mais bien un curieux fruit en forme d'étoile formé par des carpelles huileuses (le plus souvent au nombre de 8) enserrant chacune une belle graine ambrée, brillante et friable.

Assez curieusement dans leur culture multimillénaire des épices, les Chinois n'auraient commencé à consommer la badiane qu'au 16ème siècle de notre ére. Ils appellent le fruit du badianier "mang tsao", ce qui signifie fruit "à huit cornes"

Ce sont la saveur et l'odeur d'anis de la badiane qui lui valent le nom populaire d'"anis étoilé", sous lequel nous la désignons généralement et l'utilisons comme épice. Elle est aussi connue sous les noms de "Anis des Indes", "Anis de Sibérie" ou "Fenouil de Chine".

Le terme badiane serait plus approprié. Mais il provient lui-même du persan "badian", qui désigne …  l'anis. Pour cette épice, la référence à l'anis est constante; mais vous en conviendrez, comparaison ne fait pas équation. Et les connaisseurs savent que son goût est plus piquant et plus sucré que celui de l'anis vrai.

Ce que l'anis vrai, le fenouil et la badiane ont en commun, c'est de contenir une même essence aromatique : l'anéthol.

 

P1090991 450 Badiane - Anis étoilé

 

La part de Théophraste

La badiane est le fruit du badianier, un arbuste à feuillage persistant originaire du Sud de la Chine et du Nord du Vietnam appartenant à la famille des magnoliacées.

Botaniquement parlant, le badanier de Chine fait partie du genre Illicium, lequel  comprend six espèces. Le nom scientifique du véritable anis étoilé du commerce est Illicium verum Hook.

L'arbuste, qui atteint parfois 8 mètres de hauteur, ne portera pas de fruits avant sa sixième année de croissance; mais dès sa quinzième année, il pourra donner annuellement jusqu'à trois récoltes de 40 kg en moyenne, et ce pendant plusieurs dizaines d'années. (On estime que cet arbre a une espérance de vie d'environ un siècle.)

Le badianier se caractérise par l'écorce blanchâtre de ses branches.

Ses feuilles sont allongées, entières, coriaces, lisses et brillantes.

 

Badiane (anis étoilé)(fleur)(wikimedia.org)

Photo de Shu Suehiro (sous Licence de documentation libre GNU)

 

Quant à ses fleurs,  de couleur blanc-jaunâtre et délicieusement odorantes, elles apparaissent à l'aisselle des feuilles. Elles sont composées d'un nombre important de pétales longs et étroits.


Attention ! La badiane de Chine peut être confondue par les occidentaux inexperts que nous sommes avec la badiane du Japon (Illicium anisatum Linné ou I. religiosum Sieb. et Zucc.). Cette espèce cousine – également très aromatique – est néanmoins toxique. En effet, sa teneur en lactones sesquiterpéniques peut entraîner des troubles convulsifs  lorsqu'elle est consommée à l'excès. Impropre à la consommation alimentaire, elle est cependant cultivée aux alentours des temples, parce qu'elle tient une place rituelle dans la liturgie bouddhique. Des commerçants peu scrupuleux pourraient ne pas vous avertir ! Le fruit séché de cette badiane du Japon a également le forme d'une étoile, mais avec des branches plus irrégulières dont les pointes sont incurvées vers le haut. Quant à son odeur, elle est moins anisée et rappelle plutôt le laurier ou la térébenthine.

 

La part d'Hérodote

Clio est une muse que je fréquente volontiers, parce qu'un  jardinier aussi peut croire que la  connaissance et la compréhension du passé guident nos choix présents, déterminant ainsi le futur de l'humanité. Mais que serait le charme de la belle Clio sans sa couronne de laurier et surtout sans ses livres et ses rouleaux ?

En voulant me documenter un peu plus avant sur l'histoire de la badiane et sur la manière dont elle a été introduite en Occident, je me sens très frustré et presque bredouille . Non pas que les informations manquent,  au contraire. Mais parce qu'en les vérifiant et les comparant, elles  restent peu ou pas du tout attestées, pour ne pas  devoir dire qu'elles "ne tiennent pas la route".  A défaut de certitudes raisonnables, voici quelques propositions historiques.

Comme je l'ai déjà mentionné au début de ce billet, il semble que l'usage de la badiane n'ait pas été mentionné en Chine avant le 16ème siècle de notre ère. Et encore, à usage médicinal uniquement. Comment accepter cette proposition alors que l'éthymologie du mot  badiane serait persane ? La Perse (= +/- l'Iran actuel) n'a jamais produit de badiane; et si les Persans connaissaient cette épice, ce ne pouvait être que par le passage des caravanes se déplaçant de l'Orient vers le Moyen-Orient et l'Occident. Ce qui me semble suggérer que la badiane était produite, utilisée et exportée bien avant le 16ème siècle.

Selon certains auteurs, c'est au 16ème siècle également  que les fameuses épices en étoile seraient arrivées en Europe. On se souviendra à ce propos qu'en 1557, les Portuguais s'installent dans la presqu'île chinoise de Macao, à l'embouchure de la rivière des Perles, au Sud de Canton (= Guangzhu), bien moins pour prêcher  l'amour de Jésus aux populations chinoises que pour exploiter sans vergogne le commerce des épices. Mais je n'ai rien trouvé qui prouve que la badiane faisait partie des épices convoitées par les Portuguais. Ce n'était manifestement pas pour eux une épice précieuse.

Quoi qu'il en soit,  c'est bien à un éminent botaniste portugais Joao de Loureiro s.j.(1717-1791) que l'on attribue généralement la première description scientifique de la badiane, qu'il baptisera d'ailleurs Illicium anisatum. Mais c'était en 1793 … soit plus de 2 siècles plus tard, ce qui n'étaye pas nécessairement la précédente proposition.

Au moins, on doit penser que Loureiro devait écrire en connaissance de cause au sujet de la badiane et de la flore asiatique, puisqu'il a vécu  pendant près de 30 ans en Cochinchine comme missionnaire catholique. Mais, sur base du document que je vous reproduis ci-après, je veux démontrer qu'il n'était pas le premier, comme l'affirment plusieurs auteurs. Il s'agit de la page 232 du premier tome  de la 3ème édition du célèbre Dictionnaire raisonné universel d'Histoire naturelle de Jacques-Christophe Valmont de Bomare (1731-1807),  sorti de presse à Lyon en 1776, soit 17 ans avant le savant jésuite.


Badiane - facsimilé page

 

Si vous lisez attentivement ce document, vous constaterez que Valmont de Bomare cite une description de la badiane donnée avant lui par un certain "Kempfer". Il s'agit du naturaliste westphalien Engelbert Kämpfer (1651-1716), qui fit un long périple d'étude de 13 années (1692-1695) en Asie et a consigné ses précieuses observations botaniques dans son ouvrage Amoenitatum exoticarum, publié en 1712.

Comme quoi, quand on gratte un peu, il y a souvent de quoi mettre en doute ce qu'on nous apprend doctement à l'école …

Certains auteurs parlent d'une autre voie d'acheminement de la badiane vers le consommateur occidental. Et cette hypothèse est confortée par un de ses noms populaires : anis de Sibérie. Dans ces territoires le plus souvent glacés du Nord de l'Asie, les Sibériens étaient adeptes du shamanisme, lequel inclut des pratiques de médecine qui font grand appel au surnaturel et à des ingrédients réputés magiques. Lors de la formation de l'empire tsariste, les Russes sont allés à la rencontre des peuples sibériens, et ont découvert là-bas … la badiane. Ils ne pouvaient sans doute pas imaginer que l'épice venait de bien loin , des régions chaudes du Sud  de la Chine, et l'aurait baptisée  improprement "anis de Sibérie", par référence analogique au goût des graines d'une plante qu'ils connaissaient déjà : l'anis. Les Sibériens brûlaient les graines de badiane et tiraient des présages des fumées. Mais cela sentait si bon ! Progressivement, la badiane devint une épice à la mode dans la haute société de Saint-Petersbourg et de Moscou. Les ambassadeurs occidentaux présents à la cour tsariste se seraient alors chargés de faire connaître la badiane dans leurs pays respectifs.

Il semble que si la badiane est arrivée en Europe, elle a longtemps été considérée comme ayant une faible valeur marchande, malgré son parfum, son goût et sa forme extraordinaires. Et le nom latin Illicium donné par Loureiro à la plante – et qui signifie "appât" – indique que la badiane séchée n'était pas tant prisée comme épice que comme un produit destiné à attirer ailleurs les souris et les rats, dont les populations importantes dans et autour des villes peu salubres de l'époque faisaient craindre à juste raison la peste et d'autres épidémies redoutables. C'est en tout cas la propriété et l'usage attesté qu'on lui trouvait au 18ème siècle.

C'est en France, au début du 19ème siècle, que l'on trouvera un débouché plus important et quasi industriel à cette épice pas très chère. Depuis fort longtemps, la liquoristerie française se distinguait pas ses nombreuses spécialités et sa consommation d'alcool. Parmi ces ingrédients figurait la fameuse absinthe, une plante aromatique (artemisia absinthium)  que ses vertus avaient fait vénérer longtemps comme une panacée extraordinaire. Mais  le fléau social de l'alcoolisme dans les milieux prolétaires avait amené progressivement les autorités à en restreindre l'usage, puis finalement – en 1915 – à interdire son utilisation.  Pas question cependant d'abandonner un secteur prospère de l'économie nationale. La vogue des apéritifs anisés très alcoolisés de grandes marques date de cette époque : Anisette, Pastis, Pernod   … Et pour ces productions commerciales nouvelles, la badiane – avait tout ce qu'il fallait : abondante via l'Indochine française, pas chère – beaucoup moins que l'anis, l'aneth et le fenouil local – et très agréablement aromatique.


La part d'Hipocrate

 

L'huile essentielle extraite de la badiane contient beaucoup d'anéthol (5 à 9%) et est utilisée pour remédier à divers troubles de la sphère digestive : douleurs intestinales, difficultés de digestion, perte d'appétit, nausées

On prête aussi à la badiane des vertus diurétique (= qui favorise l'émission d'urine) , cholagogue (= qui agit sur les voies biliaires) et béchique (= antitussives), ces dernières toujours exploitées par l'industrie pharmaceutique, notamment pour la préparation de sirops.

La médecine traditionnelle chinoise en fait également grand usage pour combattre les rhumatismes ou le lumbago.

 

La part de Lucullus

 

Et en cuisine ? Les cordons bleus que vous êtes pour la plupart me diront en choeur que la badiane est indispensable au fameux mélange d'épices chinois "Cinq-épices".C'est exact.

Pour celle et ceux qui ne connaissent pas ce mélange, en voici la recette :

Mélange Cinq-épices chinois

Pas de problème de dosage, puisque chacun des 5 ingrédients s'intègre en quantités volumétriques égales, par exemple :

1 c. à soupe de graines d'ANIS

1 c. à soupe de BADIANE

1 c. à soupe de CASSE moulue (= cannelle de chine)

1 c. à soupe de FENOUIL

1 c. à soupe de clous de GIROFLE

Broyez le tout finement et humez "votre" mélange Cinq-épices.

 

Mais il y a bien d'autres usages pour la badiane, qui se marie d'ailleurs à merveille avec les autres épices, spécialement  la cannelle, le gingembre, la girofle et divers poivres. Elle peut encore personnaliser une sauce au soja.

Dans la cuisine chinoise, la badiane accompagne surtout le porc ou le canard à l'aigre-doux.

Comme la cannelle, la badiane est intéressante pour les desserts : biscuits, pâtisseries, puddings, compotes, salades de fruits

On l'utilise généralement réduite en poudre ou broyée, ces deux opérations devant évidemment se faire au dernier moment afin de préserver ses qualités aromatiques. Les étoiles entières seront conservées entières, au frais et à l'abri de la lumière, dans un récipient hermétiquement fermé.

Côté boissons ménagères, rappelez-vous qu'une étoile de badiane mise à infuser dans une tasse de thé est un raffinement agréable et bénéfique à l'état de santé général.

 

 

Bien chlorophyllement dévoué,

José

 

P1090990 450 Badiane - Anis étoilé

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Un « coucou » printanier: la PRIMEVERE OFFICINALE

20080415 001 Primevère

Si on l'appelle joliment "coucou", c'est parce que les petites fleurs jaunes de la primevère annoncent généralement le printemps bien avant le retour des hirondelles. Et c'est bien ce signe sympathique de la fin de l'hiver que nous attendons avec impatience.

Dans les jardineries, on trouve déjà depuis le mois de décembre de petites primevères horticoles aux fleurs multicolores. Ces plantes sont certes fort jolies, mais vous m'en excuserez, elles ne m'intéressent pas. Trop de tripotages, et pas  assez de naturel ! Dans ce billet mon propos se portera sur les espèces sauvages, bien de chez nous, et susceptibles de participer à notre alimentation. Encore une excentrité de ce jardinier atypique, penseront certains ?!  Et bien non, pas du tout, il y a des siècles que la primevère se consomme au printemps et fait du bien à notre santé. Encore un ingrédient de saison que le commerce ne nous offre pas !


La part de Théophraste

Lorsque je parle de primevères sauvages de nos régions, je fais référence à quatre espèces seulement, pas aussi aisées à identifier qu'il n'y paraît, parce leur morphologie – par un phénomène que les botanistes appellent "hétérostylie"- favorise les pollinisations croisées.

Hétérostyliephénomère qui se produit sur des plantes présentant simultanément deux types de fleurs – parfois plus – les unes à styles courts, les autres à styles longs.

Style : retrécissement plus ou moins long qui unit l'ovaire de la fleur à un seul ou plusieurs stigmates.

Stigmate : c'est l'extrémité du carpelle ou du pistil dont la surface collante retient le pollen.

Carpelle : (attention, terme de genre masculin!) partie de la plante constituée par un ovaire, un style et un stigmate.


Primevère acaule.jpg     Primevère élevée.jpg

Primevère acaule                                              Primevère élevée

Primevère Oreille d'ours 02.jpg     Primevère officinale.jpg

Oreille d'ours ou Auricule                                           Primevère officinale

Sauf si mon très compétent et fort respecté ami et mentor François Couplan - dont je ne m'autoriserais pas à mettre les connaissances encyclopédiques et l'expérience en cause – devait me contredire, je pense être à peu près exhaustif en citant quatre espèces de primevères sauvages indigènes à fleurs jaunes. Selon moi, ce sont :

La primevère  acaule (Primula vulgaris Linné ou Primula grandiflora Lamk.), 5 à 10 cm de haut, dont les fleurs jaune pâle sont solitaires, portées chacune par un long pédoncule qui les rattache à une tige si courte qu'on ne la voit presque pas (d'où son qualificatif d'"acaule", qui signifie "sans cou"). Bien que les fleurs de cette espèce n'aient pratiquement pas de parfum, elles sont très prisées depuis des siècles  par les Anglais – à la fois comme symbole printanier et pour leur comestibilité. On les utilise – ainsi que les jeunes feuilles – pour décorer et agrémenter des plats printaniers traditionnels.

La primevère élevée (Primula eliator Schreb.), hampe florale de 10 à 30 cm de haut, aux feuilles plus rugueuses, et dont les fleurs sont de couleur jaune-soufre, plus foncées à la gorge. Cette espèce ne dégage pas de parfum immédiatement perceptible.

Gorge = ce terme désigne la partie tubulaire supérieure de la corolle d'une fleur dont les pétales sont soudés entre eux lorsque les pétales

La primevère "oreille d'ours", appelée aussi Auricule (Primula auricula), hampe florale de 5 à 20 cm, toujours à fleurs jaunes d'un aspect mat farineux, mais avec une gorge blanche, et des feuilles beaucoup plus épaisses et lisses. Les fleurs sont agréablement odorantes.

Enfin, il y a la primevère officinale ou primevère vraie (Primula officinalis Linné ou Primula veris Huds.), celle qui mérite le plus justement son nom de "coucou" et notre attention de gourmets. Les feuilles de cette espèce sont également regroupées en rosettes; leur forme est ovale, oblongue et obtuse. La hampe florale fait de 10 à 30 centimètre de hauteur. Ses fleurs sont caractérisées chacunes par cinq petite taches oranges à la gorge, et libèrent un parfum exquis.


La part d'Hippocrate

De l'Antiquité à la chute de l'empire romain d'Occident, les documents historiques ne nous ont pas laissé de preuves irréfutables d'une utilisation médicinale de la primevère. Ce n'est pas vraiment surprenant dans la mesure où la primevère officinale, commune dans nos campagnes, n'était pas présente dans l'aire des grandes civilisations de l'époque. Ce n'est que bien plus tard – à l'époque des Croisades – que la brave abbesse Hildegarde de Bingen (1098-1179) nous donne une première indication précise sur l'usage de la primevère. Cette information figure dans son "Jardin de santé". Dans ce manuscrit célébre, cette nonne allemande qualifie notre "coucou" de "clé des portes du paradis" et y voit un remède efficace dans les cas de mélancolie et de paralysie. Par la suite, les guérisseurs ont également utilisé la primevère officinale pour ses propriétés expectorantes, antibiotiques, diurétiques et laxatives.

Au XVIIIème siècle, le botaniste suédois Carl von Linné (1707-1778) vante ses propriétés sédatives, particulièrement dans la lutte contre l'insomnie. Et il parlait en connaissance de cause.

Linné (portrait gravure)

Les propriétés médicinales de la primevère n'appartiennent pas toutes à la légende ou à la subjectivité. Aussi bien les racines, que les feuilles, les tiges et les fleurs contiennent beaucoup de saponine, aussi des glycosides spécifiques -  comme  la primuline et de la primulavérine. On peut en retirer – mais en faible quantité – une huile essentielle dont les propriétés sont très proches de celle du camphre, tonique pour le coeur et les voies respiratoires.

La primine, substance allergène que l'on trouve dans toutes les primevères, n'entraîne pas de réaction allergique sur la peau lorsqu'il s'agit de l'espèce officinale.

D'une manière générale, on doit considérer que la primevère n'a pas encore – loin s'en faut – livré tous les secrets de ses propriétés à la science. Mais ce qui est certain et démontré, ce sont ses excellentes qualités médicinales et … aromatiques. Il n'y a pas de contre-indication connue à sa consommation, pour autant qu'elle soit ingérée en quantité raisonnable. (En quantité exagérée, certaines personnes pourraient être incommodées par sa forte teneur en saponine.)

La part de Lucullus

En cuisine, ce sont les jeunes feuilles ( les feuilles matures deviennent dures et fibreuses) et les fleurs (détachées de leur calice gonflé) qui constituent les ingrédients les plus appréciables pour les gourmets. Les racines sont également consommables, mais réservées plutôt à l'usage médicinal, sous forme de décoction.

Crues et après avoir été ciselées, les jeunes feuilles mélangées à une salade de betterave rouge ou de carottes rapées par exemple – sont très agréables à consommer et apportent une note printanière au plat. En cuisine chaude, les feuilles se préparent comme les épinards. On peut également les utiliser dans les potages.

Pour les adeptes de la cuisine des fleurs, celles de la primevère officinale ne manquent pas de charme – beauté et saveur de miel – pour parer vos plats de crudités. Je recommande néanmoins de détacher les belles corolles soudées des fleurs de leur gros calice enflé.

Côté desserts, il est courant de parsemer la célèbre "crème anglaise" avec des fleurs de primevère fraîches. On peut aussi cristalliser les fleurs, de la même manière que les violettes odorantes, pour en faire une garniture très appréciée pour les coupes de glaces, les crèmes et certaines pâtisseries.

Côté boissons ménagères, je retiens – entre bien d'autres possibilités – le thé de fleurs, la limonade aux fleurs, et le vin aromatisé aux fleurs de primevères, dit aussi "vin des cardiaques".


Thé de fleurs de primevère officinale

Il se prépare avec 50 gr de fleurs sèches pour un litre  d'eau bouillante. Mais il se consomme froid, et même glacé. Un petit verre avant le coucher, et vous passerez une nuit paisible dans les bras de Morphée.


Limonade de fleurs de primevère officinale

Remplissez une bouteille d'un litre avec des fleurs fraîches non serrées et non écrasées. Versez de l'eau jusqu'à leur immersion complète. Ajoutez un jus de citron et du sucre cristallisé (50 à 80 gr). Bouchez bien votre bouteille et mélangez en la retournant et en secouant doucement. Placez-là ensuite sur un appui de fenêtre, en plein soleil. Après 24 heures, ouvrez et filtrez le mélange. C'est prêt ! A consommer bien frais et à conserver au frigo. Tonique et délicieux.


Le "vin des cardiaques"

Ce vin parfumé que l'on utilisait jadis pour combattre l'arythmie se prépare dans une bouteille d'un litre remplie avec 50 gr de fleurs fraîches, que vous compléterez avec du vin blanc et un peu de miel liquide. Fermez la bouteille et laissez fermenter au soleil pendant deux semaines. Ouvrez et filtrez. Ce vin peut se conserver en cave. Servez bien frais.

Allons, à bientôt ! Maîtrisez encore un peu votre impatience d'essayer la primevère jusqu'au mois de mars, puis faites moi partager vos impressions et vos commentaires.

Très chlorophyllement vôtre,

José

 

 20080415 003 Primevère

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Le plus ancien de nos légumes cultivés : la fève des marais

 

Et voilà, c'est parti au potager ! Je viens de semer en place les premier légumes de l'année : des pois de "Kelvedon" et "Petit provençal", ainsi que  … des fèves des marais de la variété "Aguadulce".

Non, non, je n'anticipe pas. C'est bien maintenant qu'il faut planter ces légumineuses. Chaque année, ils ouvrent dès la fin février, ma saison de culture en pleine terre. En ce qui concerne les fèves, elles seront ainsi prêtes à être récoltées à la fin du mois de mai et en juin.

Ce qui est un peu surprenant, c'est le nombre de gens qui ne connaissent pas la fève des marais … et qui donc n'en ont jamais mangé, souvent parce qu'il la confondent avec de gros haricots.

Et pourtant la fève des marais ne manque pas d'intérêt. Suivez le jardinier.


La part de Théophraste

Le type sauvage de cette plante potagère déjà cultivée à l'âge de la pierre est inconnu.

Sur le plan botanique, la fève des marais (nom scientifique : vicia faba Linné ou Faba vulgaris Moench) est une plante annuelle dycotylédone de l'ordre des légumineuses, et de la famille des papillonacées (ou fabiacées).

Les feuilles, composées et assez charnues, sont divisées en folioles groupées autour d'un pédoncule.

Les fleurs sont  extrêment gracieuses, avec une grande corolle blanche marquée d'une tache d'un violet très foncé. Elles font penser à un oeil qui vous regarde.

Lorsque la floraison s'achève, des fruits apparaissent à l'emplacement des fleurs. Ce sont de grosses "gousses" vertes, charnues, contenant – selon la variété – de 2 à 9 graines applaties et presque rondes que nous consommons.

Les tiges sont grosses, creuses, presque carrées, avec des arêtes très apparentes. Leur hauteur peut atteindre un mètre dans la plupart des variétés.

Parmi les cultivars les plus appréciables pour nos jardins et les plus estimés en cuisine :

Fève de Séville à longues cosses

Fève d'Aguadulce à très longue cosse

Fève Trois fois blanche

Fève Violette de Sicile

Fève de Windsor

Fève de Beck (naine)

 

Il existe par ailleurs une variété "Verte de Chine" dont les gousses restent vertes, même lorsqu'elles sont mûres. C'est une variété très appréciée pour sa grande précocité, ses gousses longues avec des grains nombreux, ainsi que d'excellentes qualités de structure et de goût.

 

 

La part d'Hérodote

La fève des marais est probablement originaire du Proche-Orient, où les premières traces de sa culture remontent à l'époque néolithique, soit au moins au IXème millénaire.

Dans nos régions – c'est à dire en Gaule – sa culture est déjà attestée à l'âge du bronze, soit au IIIème millénaire.

Dans l'Egypte ancienne, la fève des marais constituait un véritable "don des dieux" et un mets réservé uniquement au roi et à sa famille de sang.

Certains pensent  que notre galette des rois – servie traditionnellement à la fête de Epiphanie – serait une survivance de cette coutume alimentaire du temps des pharaons. Jadis cette cette galette contenait une fève séchée, et non pas une figurine en porcelaine ou en matière plastique comme de nos jours. Celui qui avait la fève en bouche en mangeant sa part de gâteau était donc … le roi.

Longtemps cultivé en abondance, ce légume à périclité à partir du XVIème siècle, époque où les galions des conquistadors espagnols revenant du Nouveau-Monde ont ramené un légume inconnu – le haricot – en Europe. Depuis lors, le haricot a bénéficié de la préférence des Occidentaux. Mais la culture et la consommation de la fève des marais est toujours restée importante au Proche-Orient et dans les pays du Mahgreb.

La principale raison pour laquelle la fève est tombée en désuétude face au haricot – légume nouveau venu d'Amérique – pourrait n'être qu'un simple croyance superstitieuse. On attribuait jadis – sans bonne raison – à la fève en fleur le pouvoir maléfique de déranger le cerveau des paysans. C'est d'ailleurs l'origine de l'expression française "les fèves sont en fleurs", que l'on utilisait pour désigner quelqu'un qui divague un peu.


La part d'Hippocrate

Fraîche, la fève des marais est notamment une source de vitamine C. Mais son principal intérêt diététique vient de sa richesse en fibres, en protéines (22%) et en glucides (55%). Sa valeur calorique n'est que de de 35 kcal/100 gr lorsqu'elle est consommée jeune et crue. Mais cette valeur monte à 345 kcal/100 gr si on consomme la fève séchée.

C'est une légumineuse qui possède de remarquables propriétés antispasmodiques, diurétiques et sédatives.


La part de Lucullus

Et en cuisine ?

La fève des marais fraiche est un régal lorsqu'elle est consommée  tout simplement à la croque-au-sel. Plus elle est jeune, plus elle sera tendre. Si l'on prend la précaution d'enlever la peau cellulosique qui entoure la graine – en art culinaire, cette opération s'appelle le "dérobage" -, elles sont parfaitement digestes. Ce n'est pas un ingrédient "venteux", comme le pense trop de gens.

Il n'en va pas de même avec des fèves séchées, qui sont beaucoup plus lourdes à digérer et presque dix fois plus caloriques. Sous cette forme, un trempage préalable des grains dans de l'eau salée pendant plusieurs heures s'impose. Ils pourront ensuite être bouillis, puis consommé entiers ou réduits en purée. Dans les deux cas, c'est un accompagnement idéal pour la viande de porc ou de canard.

Savez-vous que le célèbre cassoulet toulousain n'a pas toujours été préparé avec des haricots blancs, comme le Tarbais ou le Soissons ? Autrefois, il se préparait avec des fèves.

Et dans un plat régional assez semblable du nord de l'Espagne, la célèbre fabada asturiana qui se consomme à Oviedo, la fève des marais n'a jamais cédé sa place au haricot.

J'émets l'hypothèse qu'il pourrait y avoir un lien entre ces spécialités et les coutumes culinaires héritées des Wisigoths, bien avant que les premiers haricots n'arrivent en Europe au XVIème siècle.

Parmi les recettes traditionnelles du Canada figure un plat acadien à base de fève, où – dans le langage local – de "fayots" ou de "gourganes". Il se préparait avec du lard salé, du sirop d'érable, de la mélasse et différentes épices. Tenez-vous bien, la cuisson de ce plat se poursuivait pendant près de 10 heures !  Si j'en juge par les ingrédients, c'est le genre de plat à donner un fameux répondant à ceux qui devaient affronter les rigueurs de l'hiver canadien.

La fève des marais séchée est encore un des ingrédients de plusieurs potages typiques, généralement de couleur assez foncée. (Certains potages déshydratés du commerce contiennent de la farine de fèves, ce qui en parfumerait agréablement le goût.)

 

A gauche sur cette photo, des graines "dérobées" à la belle couleur verte; à droite, des graines non débarrassées de leur peau, blanchâtres.

 

 

Bien chlorophyllement vôtre,

José

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Manger des pâquerettes ! Et pourquoi pas ?

20080520 069 Pâquerette

On ne se rend pas toujours bien compte de l'immense diversité végétale de ce que nous mangions il y a encore cent ans. Depuis, quelle monotonie croissante, quelle banalité congrue dans notre alimention ! Si nous ne réagissons pas, nous en seront réduit à quelques dizaines de légumes "sélectionnés" issus de variétés de légumes hybrides F1, par ailleurs bourrés de substances pesticides – invisibles certes, mais oh combien dangereuses pour notre santé.

Pour sortir de la banalité, la cuisine des fleurs offre une alternative intéressante à ceux qui – comme moi – aime sortir des "autoroutes à péage" d'un consommation alimentaire standardisée, malsaine et écologiquement insoutenable dont je prédis – avec tant d'autres - la faillite à moyen terme. Nous sommes de plus en plus nombreux à aimer la cuisine des fleurs, et cet intérêt va bien au delà d'une tendance de mode.

J'imagine que plusieurs d'entre vous se diront que c'est vraiment pas la saison, qu'il n'y a pas de fleurs en hiver, et que mon propos est anachronique. Détrompez-vous, il est une fleur comestible particulièrement rustique et universellement connue qui – si elle est surtout abondante vers Pâques - peut fleurir pratiquement toute l'année. Qui ne connaît pas les petites fleurs blanches au coeur jaune de la pâquerette ?  Qui n'en a pas cueilli quand il était enfant ?

Le nom scientifique de la pâquerette vivace est Bellis perennis Linné. Elle appartient à la famille botanique des astéracées. Dans la langue vernaculaire, on l'appelle souvent "petite marguerite de Pâques".

La pâquerette est si avide de la lumière qu'elle croit et fleurit en direction du soleil; c'est ce que l'on appelle un plante phototrope

Oui, bien sûr, cette vivace est très menue et discrète en cette saison. Ses petites rosettes se protègent dans les herbes des pâturages roussies par le gel, et si vous prenez le temps de les observer, vous pourrez apercevoir de petites fleurs en boutons qui n'attendent qu'un peu d'ensoleillement prolongé pour s'épanouir en colonie dans les prés, les clairières et les pelouses (sauf si l'on a répandu de l'herbicide sélectif dessus pour détruire cette prétendue "mauvaise herbe"). Lorsque les fleurs s'ouvrent et que le temps est froid, elles présentent la particularité des pétales ne sont pas uniformément blancs et que leurs extrémités peuvent se teinter d'une couleur rouge vineuse.

Dans les campagnes, et pendant des siècles, nos ancêtres n'ont pas hésité à consommer les feuilles et les fleurs de cette petite plante sauvage, et ils s'en portaient plutôt bien. Tonique, la pâquerette a aussi des propriétés calmante, dépurative et très rafraîchissante. Une autre de ses vertus est de combattre la constipation.

En cuisine, on peut consommer la pâquerette – crue ou cuite – comme un légume vert. Jadis, les feuilles entraient dans la préparation de potages aux herbes. Les fleurs servaient à la préparation de bonbons et de friandises. On les utilise aujourd'hui pour garnir les plats avec originalité.

Quant au goût – s'il déconcerte pour son peu d'analogie avec les légumes que nous consommons habituellement – il est franchement doux et agréable. Personnellement, c'est crue et ciselée dans la salade, que j'apprécie le plus les fleurs et les petites feuilles. Mais je me souviens avec plaisir du jour où – à Ustariz -j'avais consommé un pigeonneau cuit au four après avoir été farci.  Comme je me délectais, je me suis bien sûr enquis de la nature de la farce, et à ma grande surprise, j'ai appris que c'était – pour l'essentiel – un mélange de feuilles et de fleurs de pâquerettes hachées.

Je ne voudrais pas faire l'apologie de la pâquerette sans cependant vous mettre en garde. Cette charmante petite plante sauvage, très résistante au piétinement, pousse parfois dans des sols beaucoup trop pollués, comme des talus des bords de route par exemple. Il ne faut jamais les récolter à de tels endroits; pas davantage dans les prairies où paisent régulièrement des vaches, des chevaux ou des ovins.

Finalement, comme sa culture ne présente aucune difficulté, il n'est pas utopique de faire pousser la pâquerette à un endroit bien ensoleillé du potager. Vous aurez plus de garantie sanitaire, et elles se multiplieront rapidement, au point de devenir parfois franchement envahissantes si vous n'en consommez pas assez.

Allons, encore un légume de retrouvé.

Bien chlorophyllement dévoué,

 

José 

20080520 070 Pâquerette

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Agrumes : de l’orange du Mandarin à la mandarine du Frère Clément en partant de la mort d’un Kalamansi

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Il est mort ! Il est mort gelé ! Rassurez-vous, "Il" se n'est pas un parent ou un ami, mais tout de même. Notre cher calamondin – que nous regardions grandir avec émerveillement depuis plusieurs années et dont nous consommions les petits fruits en hiver – n'est plus. Les fortes gelées du début de l'année (quelques nuits à -15°C) auront eu raison de sa robuste constitution, malgré l'isolation dont il bénéficiait dans notre serre.

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Calamondin ou Kalamansi

Calamondin ou "Kalamansi"

Le calamondin ou lime musquée (citrus mitis) ressemble à un mandarinier nain dont les innombrables petits fruits (2-3 cm de diamètre) se consomment généralement confits dans leur peau et permettent la préparation de fabuleux desserts. Il est originaire des Philippines, où les indigènes l'appelle Kalamansi. (C'est ce terme qui a été francisé en calamondin). On considère généralement cette espèce comme un croisement du kumquat (Fortunella polyandra) et du mandarinier sauvage (Citrus reticulata).

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Mandarin - Chine (gravure de Saulnier, 1859)

La mandarine :

une orange raffinéee réservée aux Mandarins

 

Le mandarinier est originaire de Chine et du Vietnam, où sa culture remonte à au moins deux millénaires. Dans la société chinoise, la consommation de ces fruits délicieusement parfumés et désaltérants, était l'apanage d'une élite sociale, celle des hauts fonctionnaires impériaux : les mandarins. C'est pourquoi cette orange du mandarin a gagné le nom de mandarine, qui nous est tous familier.


Mandarinier (Citrus reticulata) - Fruits et fleurs

Le mandarinier (Citrus reticulata Blanco) appartient à la famille des rutacées, qui regroupe d'autre plantes dicotylédones (*) comme le citronnier, l'oranger ou le pamplemoussier.

(*) Les dicotylédones constituent une des principales classes de plantes à fleurs, caractérisées par la présence de deux cotylédons sur la plantule.

Le cotylédon est la feuille (de forme simplifiée) produite par l'embryon de la plante au moment de la germination de la graine. (Les vraies feuilles – plus caractéristiques – apparaîtront plus tard dans le cours du développement de la plante.)

C'est un arbre de petite taille (4 à 6 mètres de haut) à feuilles lancéolées – et au port en boule – dont les branches sont chargées de nombreuses épines. Les fleurs blanches sont regroupées en petits bouquets et répandent un parfum d'un délicieuse fraîcheur.

Le fruit, contenu dans une peau appelée "écorce", forme une sphère applatie au sommet et à la base. Il est formé de plusieurs "quartiers" – ou mieux "cuisses" – remplies d'une pulpe acidulée et plus ou moins sucrée selon la variété. Les "cuisses" (une dizaine environ, souvent plus) contiennent des pépins.

Sa couleur peut varier du jaune orangé clair au rouge brique. Chaque mandarinier a une vie d'un quarantaire d'année et ce petit arbre peut produire aujourd'hui plus de 150 kg de fruits par récolte.

Le mandarinier et apparu en Europe vers 1820, d'abord en Italie, d'où sa culture s'est exportée rapidement vers la Provence. Après 1830, sous le règne du roi Louis-Philippe, les Français l'ont emmené dans leurs nouvelles colonies d'Afrique du Nord, où il s'est particulièrement bien adapté.Les mandariniers étaient nombreux sur les terres des colons français.

On peut estimer qu'il existe aujourd'hui plus de 500 variétés de mandariniers, la plupart obtenus par une hybridation intensive.

L'une de ces hybridations – accidentelle ou délibérée, on ne le sait pas avec certitude – allait donner naissance à un cultivar au fruits si délicieux, qu'il supplante aujourd'hui toutes les autres variétés. Je veux parler de la célèbre clémentine ! En Europe – et plus particulèrement en Belgique, où je me trouve – il n'y a pratiquement plus moyen de trouver  de vraies mandarines dans le commerce.

Qu'à cela ne tienne ! Les clémentines – qui ne contiennent pas de pépins et sont donc une variété stérile – ont un goût succulent, sucré et pas trop acide. Hélas, la biodiversité a beaucoup perdu dans son succès commercial.


A propos, savez-vous d'où vient ce nom de clémentine ?


Après la conquête de l'Algérie par les troupes françaises, de nombreux religieux missionnaires catholiques sont venus s'y installer afin de consolider et pacifier ce superbe et immense pays ravalé par la force au rang de "colonie".

Un petite mission s'était installée à Miseghin (Messerghine), un petit village situé à une vingtaine de km d'Oran. Elle était tenues par les modestes Frères de l'Annonciation, qui s'y consacraient à l'éducation des orphelins et … à l'arboriculture. Vers 1892, l'un des Frères – Vital Rodier (1839-1904), en religion Frère Marie-Clément ou Frère Clément – découvrit dans sa pépinière une variété de mandarine extraordinaire qui poussait tranquillement à un endroit discret et oublié. Ce n'était pas un oranger, ni un mandarinier. Mais le goût des fruits était fabuleux; on n'avait jamais rien goûté de pareil. En outre, ils ne contenaient pas de pépins.


Clémentine - Frère Clément

Le brave Frère Clément s'attela – avec tout son savoir-faire, qui était unanimement reconnu – à produire de nombreuses greffes avec des greffons provenant de "son" arbre. Le clémentinier était né et voué au plus grand succès. Il y réussit parfaitement, au point qu'après une dizaine d'années – en 1902 – des botanistes renommés s'intéressèrent au cultivar et le décrivirent scientifiquement. Ils considérèrent que la clémentier était le résultat d'un croisement entre un bigaradier (Citrus aurantium Linné) avec un mandarinier.

La bigarade est une petite orange amère qui répand un parfum d'huile bergamotée que seuls les plus distingués gourmets reconnaissent. Mais elle est présente dans un certain nombre de confiseries, dans la confiture d'orange amère si chère aux Britanniques et en liquoristerie, notamment dans le Curaçao.

Ce serait fort déborder les limites d'un billet sur ce blog que d'évoquer toutes les variétés de mandarines répertoriées. Mais il est peut-être utile de savoir que dans les pays anglo-saxons, les mandarines sont souvent appelées tangerines. Ce nom fait référence à la ville de Tanger – au Maroc – , dont le port servit de base d'exportation pour la plus grande part de la production nationale de ces fruits de qualité (notamment la variété Wilking, à gros fruits).

On distingue généralement :

les mandarines vraies

les mandarines satsumas du Japon

et les mandarines à gros fruits dites parfois Tangors.

Ces dernières années, on a vu apparaître sur le marché la Minneola (ou Tangelo), qui est un hybride de la mandarine et de Pomelo, et qui rencontre un beau succès commercial aux Etats-Unis. En Europe par contre, la Minneola est difficile à trouver, tout simplement parce que les consommateurs européens semblent ne pas l'apprécier très fort.

Allons, assez ! Il faut que j'aille m'acheter un beau plant de calamondin chez notre ami pépiniériste.

Demain, Anne consacrera un billet à un dessert absolument exquis qu'elle a préparé à partir d'agrumes et d'épices. Je l'ai goûté hier soir; c'était délicieux !

 

 

Bien chlorophyllement et à bientôt,

José

 

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Pas de pépins ? Ce sont des clémentines !

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Clémentines et mandarines contiennent de la vitamine C, mais pas autant que l'orange !

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